La transformation des données issues des enquêtes PISA en connaissances et en arguments : un processus inscrit dans l’action publique

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L’analyse des processus de transformation des données brutes de PISA en connaissances et en arguments montre combien ce travail, bien qu’assumé pour l’essentiel par des scientifiques, est pleinement inscrit dans l’action publique.

Ce qui circule en Communauté française de Belgique à propos de PISA ne sont pas les données brutes collectées dans le cadre des enquêtes mais plutôt des connaissances et des arguments fondés, au moins en partie, sur ces données. Sous le terme de connaissance, nous désignons tous ce qui prétend dire le réel. La notion d’argument renvoie quant à elle à des énoncés normatifs, qui prétendent dire ce dont il faut se préoccuper (les problèmes) ou les mesures qu’il convient de prendre (les préconisations). Connaissances et arguments sont liés. Les seconds sont en effet fréquemment justifiés sur la base des premières. Et tous deux – mais surtout les connaissances - sont liés aux données brutes. C’est donc à ce double processus de transformation de données en connaissances et de connaissances en arguments que nous nous sommes intéressés.

Notre étude (Delvaux, 2009, pp. 100-150) se base sur une analyse documentaire de textes où sont présentés les résultats d’analyses directement effectuées à partir des bases de données PISA (émanant pour l’essentiel du monde académique). Elle montre qu’en Belgique, les groupes d’acteurs opérant ce travail de transformation agissent essentiellement à l’échelle des Communautés. L’enseignement est en effet une compétence exclusive des Communautés, ce qui a pour conséquence que les données nationales publiées par l’OCDE n’ont que fort peu de signification pour les acteurs communautaires, incitant ceux-ci à travailler directement les bases de données PISA. Aussi, contrairement à ce qui est observé dans de nombreux pays, ces acteurs sont tous externes à l’administration.

En ce qui concerne la première étape de transformation, qui consiste à analyser les données brutes pour en tirer des connaissances prétendant dire le réel, notre étude met en avant que, dans le cas de PISA, ces connaissances prennent essentiellement la forme de comparaisons/classements et d’associations/explications. La relativité des classements tend alors à être oubliée au fil de ce processus.

En ce qui concerne le second processus, qui consiste à transformer les connaissances en arguments, notre étude fait ressortir que les formes de ces arguments se rapprochent des arguments mobilisés par les acteurs directement investis dans l’action publique lorsque les problématisations et préconisations qu’ils défendent sont mises à l’épreuve par leurs adversaires ou lorsqu’ils tentent de mettre à l’épreuve les problématisations et préconisations de leurs adversaires.

Finalement, l’analyse de ces deux processus de transformation montre combien le travail sur les données brutes de PISA, bien qu’assumé pour l’essentiel par des scientifiques, est pleinement inscrit dans l’action publique.

Cattonar, B., Mangez, E., Delvaux, B., Mangez, C., Maroy, C. (2009), Réception, usage et circulation au niveau national d’un instrument supranational de régulation basé sur la connaissance : les enquêtes PISA Le cas de la Communauté française de Belgique, Rapport de recherche KnowandPol


  • Delvaux, B. (2009), "Transformation des données en connaissances et en arguments", in B. Cattonar, E. Mangez, B. Delvaux, C. Mangez, C. Maroy, Réception, usage et circulation au niveau national d’un instrument supranational de régulation basé sur la connaissance : les enquêtes PISA Le cas de la Communauté française de Belgique, Rapport de recherche KnowandPol, pp.100-150.

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